Recherches Africaines
Annales de la Faculté des lettres, langues, arts et sciences humaines de Bamako
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Numéro 00 - 2002 > ANHROPOLOGIE / SOCIOLOGIE

Article

Les relations à plaisanterie dans les sociétés mandingues


Tamba DOUMBIA, Chercheur, Institut des Sciences Humaines Bamako

Date de publication : 22 juin 2002

Abstract

Joking Relationships in the Mandingo societies (Summary). Every joking relationship is not sinankunya, i.e. cathartic alliance. After showing in the joking relationships those that do not come within sinankunya (membership of the same age group, Joking kinship), the article suggests us his definition of the concept. Next he leaves to the reader's judgement his classification of the different categories of sinankunya: patronymic, ethnic sinankunya, sinankunya of proximity (geographic or complementary), triangular sinankunya and hierarchical sinankunya. He criticises in passing some uses of sinankunya, especially in its aspects that are prejudicial to the ideals of equality among human beings


Table des matières

Texte intégral

L'essentiel de cet article provient des informations recueillies auprès des paysans au cours de mes enquêtes de terrain sur l'onomastique en milieu mandingue de 1997 à 1998 et pendant d'autres enquêtes de terrain antérieures audit projet.

Dans les relations humaines en Afrique, la plaisanterie occupe une place importante. La relation à plaisanterie est la manifestation de plusieurs institutions sociales différentes qui n’ont de commun que le fait d’instaurer la plaisanterie entre deux individus ou deux groupes. Une personne civilisée ne doit surtout pas mélanger les genres en la matière ; pourtant les relations impliquant la plaisanterie sont diverses : la sinankunya, la parenté à plaisanterie et l’appartenance à la même classe d’âge.

Très anciennes en Afrique de l’Ouest, les deux autres relations à plaisanterie, la sinankunya et la parenté à plaisanterie, ne se limitent pas aux frontières du Manden comme le sous-entendent beaucoup de textes oraux des traditionalistes qui sont naturellement portés à l’ethnocentrisme. Néanmoins l’auteur de ces lignes limitera son analyse aux traditions du monde mandingue1.

Parmi tant d’autres, une tradition orale dit que plusieurs aspects du patrimoine culturel2 mandingue ont été fixés comme "coutume" (laada) après les grandes conquêtes de Sunjata, pendant la grande assemblée de Kurukanfuga qui a regroupé des représentants de toutes les provinces conquises. On peut quand même retenir qu'une bonne partie, et non la totalité, de ces traditions n'a été établie que sous le règne de Sunjata, qui a organisé de fond en comble l'Empire. Certaines sinankunya ont été établies avant lui comme celle entre les Konèet les Trawele. Certaines l'ont été bien après lui comme celle entre les Dunbuya et les Sidibe. Les castes sont, elles aussi, une institution importante du Manden. Mais considérons d’abord la plus légère de ces relations à plaisanterie.

En traitant des trois catégories des relations à plaisanterie (classe d’âge, parenté à plaisanterie, sinankunya), nous nous attarderons sur le dernier en faisant une classification de ses différents aspects, puis nous terminerons par les règles d’usage des relations de plaisanterie et leurs rapports avec l’Islam.

Dans la tradition mandingue, ceux qui appartien­nent à la même classe d'âge (sèrèw filankulu), surtout ceux qui ont été circoncis un même matin avec le même couteau, se doivent secours mutuels et assistance et s'interdisent de se faire du tort. Le lien entre gens de la même classe d'âge (filanya) est d’autant plus fort que ces personnes ont été "coupées" avec le même fer.

Garçons ou filles, ils ont été circoncis l'un ou l’une après l'autre, sans nettoyage de l'instrument après chaque opération, de manière que leurs sangs se sont mêlés sur le couteau; ainsi chacun recevait une petite goûte du sang de son prédécesseur. Entre eux se passent les plaisanteries les plus osées sans qu'on puisse parler de sinankunya ou de parenté à plaisanterie. Il y a donc une relation de plaisanterie entre gens de la même classe d’âge ; cependant toute relation de plaisanterie n’est pas parenté à plaisanterie.

La tradition mandingue impose le respect des aînés, le respect des pères et mères, le respect des chefs, le respect du maître. Contrairement aux apparen­ces, cela n'est pas contraire à la vertu d'équité car tout cadet deviendra un jour aîné, tout enfant deviendra un jour père ou mère, tout disciple un maître. Le devoir de respect se transforme, avec l'âge et l'expérience, en droit au respect.

La hiérarchie sociale comporte des exigences qui seraient écrasantes s'il n'y avait que des devoirs. Cependant il se trouve qu’à chaque devoir correspond un droit; en plus, d'autres droits permettent toujours une porte de sortie à ceux qui n'en ont pas; ce sont:

le droit et privilège de plaisanter avec les grands-parents (modentulon), qui sont défenseurs d’Ego auprès de ses parents. Ce droit permet d'équilibrer la pesanteur de l'autorité du père et de la mère.

le droit de plaisanter avec les cadets du conjoint (nimogonintulon), ses beaux-frères et belles-sœurs. Les aînés du conjoint sont proscrit dans la plaisanterie. Ce droit permet à la femme, par le truchement de son petit frère ou de sa petite sœur, de faire entendre certaines vérités à son mari sous le ton de la plaisanterie.

le droit de plaisanter avec les cousins croisés3 (kanimètulon). Ce droit permet à ces cousins de se dire certaines vérités, tou­jours sous le ton de la plaisanterie.

Seules ces trois catégories méritent de porter le nom de “parenté à plaisanterie”. La sinankunya elle n'est pas une parenté à plaisanterie. Le droit d'aînesse sera toujours atténué par la sinankunya si l'aîné est en même temps un de vos sinankun. Le respect dû à ceux qui ont rang de père ou mère sera toujours atténué par la sinankunya si l'oncle ou la tante en question est en même temps le sinankun. Le respect dû à un chef sera toujours atténué par la sinankunya si le chef est en même temps un sinankun.

Quant aux cousins croisés, ils se traitent d’esclaves les uns les autres, s’acceptent mutuellement toutes sortes de plaisanteries et sont tenus de se porter secours et assistance; ils s'interdisent de se nuire.

Selon la tradition mandingue nous avons trois sortes de parenté qui permettent la plaisanterie: l'on plaisante avec les grands-parents, les cadets du conjoint et avec certains cou­sins. Mais la sinankunya, elle, n'est pas une parenté même si on y plaisante beaucoup. En l'appelant aussi pacte de plaisanterie on met l'accent sur la plaisanterie au lieu de souligner l'obligation de se porter secours et assistance, de s'interdire de se nuire.

C’est une relation d’alliance unissant deux ou plusieurs personnes, scellée par un pacte impliquant la plaisanterie et la solidarité mutuelle. Quand deux groupes (ethniques, claniques ou profes­sionnels) font un pacte et décident de se secourir mutuellement, de ne jamais se faire du tort, et que ce pacte soit scellé devant l'autel d'une divinité (boli) ou en quelque lieu sacré que ce soit, voici la sinankunya ou alliance cathartique (Cissé, y. t., 1991).

Elle occupe une grande place dans le savoir-vivre à telle enseigne que cela serait faire preuve d’indélicatesse que de ne pas plaisanter avec son sinankun avant tout propos. Sinankun veut dire étymologiquement l’autre extrême du rival, donc l’opposé de la rivalité. Toute chose se trouvant à l’antipode de l’antagonisme et de la concurrence.

Notez que la sinankunya peut être :

 un pacte de sang : Devant l’autel d’une divinité, les deux représentants de clan mêlent leur sang: quelques gouttes dans un breuvage que chacun boit. C'est le degré le plus fort dans la sinankunya. C'est le cas du pacte entre les pêcheurs boso et les dogon, c'est aussi le cas entre les forgerons numu et les peuls. La violation du pacte de sang entraîne, dit-on, de fâcheuses conséquences. Surtout quand la divinité qui veille sur le pacte continue d’avoir des offrandes comme c’est le cas du pacte entre dogon et boso.

Le pacte de sinankunya s’établit encore en jurant mutuellement de ne jamais se trahir en buvant une eau sacrée. Cette deuxième catégorie de sinankunya a beaucoup moins la marque du culte traditionnel. C’est peut-être la justification du choix de Sunjata et Fakoli qui, pour se jurer fidélité, ont bu ensemble au puits du Kamablon. Il faut rappeler que Sunjata avait fait un long séjour chez les Soninké musulmans où il avait appris le Coran.

Le pacte de sinankunya peut être, et ce n'est pas peu, simplement un pacte verbal4 : se promettre fidélité. Le mandenka respecte la parole donnée autant que l'Européen tient à sa signature apposée au bas d'un texte.

La sinankunya entre les descendants de Sunjata et les descendants de celui que les Mandenka appelle­ront Manden-Fakoli prend sa source dans l'alliance obligée entre deux hommes dont l’un a besoin de l'autre pour abattre un ennemi commun.

D'une part : Sumaworo Kantë, le puissant empereur du Sosso, du Wagadu et du Manden réunis, a trahi le chef de ses armées Fakoli Dunbuya en lui prenant sa femme. Ce dernier jura de le lui faire payer de quelque façon que ce soit. D'autre part : Sumaworo ayant conquis et annexé le royaume Manden n'était pas accepté des malinké comme souverain ; Sunjata l'héritier légitime du trône du Manden s'apprête donc à combattre Sumaworo et à libérer son pays.

Fakoli et Sunjata ayant ainsi le même ennemi, ont donc intérêt à s'entendre. Mais Sunjata, sachant que Fakoli a derrière lui une armée très puissante, veut s'assurer que cette puissance ne se retournera pas contre lui et garantir qu’ils feront cause commune contre Sumaworo. Pour cela il exige de son futur associé une assurance. Fakoli de son côté, conscient de ses grandes qualités de chef militaire ayant vaincu neuf fois l'armée du Manden, veut s'entourer de toutes les garanties avant de s'associer à Sunjata.

" Jurons et prêtons serment " dirent-ils. Pour ce faire, Sunjata et Fakoli burent l'eau du puits sis à proximité du sanctuaire Kamablon5. Ce puits est considéré comme la demeure de la divinité Faro. S'étant joint à Sunjata, Fakoli devint l'âme de la lutte de libération du peuple malinké contre la domination Sosso ; c'est ainsi qu'il eut le titre d'honneur de Manden-Fakoli. (De Ganay, 1995).

Quant à la sinankunya liant les Sidibé aux Dunbuya, elle est beaucoup plus récente que le cas précédent. Puisque la migration de quelques fractions peuls du Macina vers le sud se situe entre la fin du 18è et le début du 19è siècle. Cette sinankunya relativement très récente, ne concerne que les Dunbuya et n’implique pas leurs frères que sont les Koroma et les susoko. Le pacte n’étant pas contracté avec l’ancêtre commun aux Koroma, Dunbuya, et susoko. Mais seulement entre Sidibé et Dunbuya. Cette sinankunya tire son origine d’une confusion faite entre deux bébés qui n’étaient âgés que de quelques jours. Madame Sidibé et Madame Dunbuya ont chacune accouché d’un garçon; les deux femmes habitaient la même case couverte de chaume. Un incendie survint qui brûla tout dans la case mais on parvint à dégager les deux enfants sains et saufs. Il se trouve qu’à moins d’un mois, tous les bébés se ressemblent, et aucune des deux femmes n’est parvenue à reconnaître sa progéniture. Les anciens du village décidèrent donc de tirer au sort pour que le hasard donne à chacune un enfant. Après que le sort ait décidé de la progéniture de chacune, les deux familles devaient, sur ordre des doyens, faire un pacte: jurer de se considérer comme des frères de se secourir mutuellement, de ne jamais se faire du tort, et ce pacte a été scellé en buvant du dègèmêlé au sang des deux familles. Quand deux sangs différents se mêlent pour un pacte cela se conclut par une sorte de parenté dont l’une des manifestations est la plaisanterie.

Après avoir défini et montré quelques origines de la sinankunya, il est nécessaire de montrer comment cette relation à plaisanterie s’extériorise.

Une anecdote: Dans le restaurant, quelqu'un fait tomber un verre qui se brise. Il est très gêné. Un susoko demande “Quel est le Kulubali qui a fait ça ?” Quelqu'un qui le connaît bien dira “Ce n'est pas un Kulubali, c'est un Jara.” Son sinankun dira “Les Jara sont toujours stupides.” Le fautif répond “C'est un Trawele qui m'a bousculé ; le stupide c'est donc vous.” Dans le restaurant, tous les Jara et leurs parents Konë, Kontèet Kanutèd'une part, et tous les Trawele et leurs parents Danbëlë, ñanbali, Jëbaatèd'autre part, se mettent à s'insulter gentiment et l'atmosphère se détend ainsi.

Aussi, quand deux familles boso (pêcheurs) se bagarrent et que les voisins n'arrivent pas à leur faire entendre raison, le dogon qui arrive peut les réconcilier tout en plaisantant (parfois sans ménagement) avec chacun. La sinankunya peut donc servir à réconcilier, à mettre à l'aise celui qui se gêne et à détendre l'atmosphère. Elle peut servir, lors d'un différend, à faire baisser la tension entre deux groupes.

La sinankunya s’extériorise aussi en présence du plat supposé être le préféré des sinankunya : le haricot sous quelle que forme qu’il se présente. C’est un aliment très nutritif au goût agréable et peu cher; trois qualités qui font que cet aliment est apprécié de toutes les sociétés mandingues. Mais le haricot a la fâcheuse propriété de ballonner et de faire lâcher du vent quand on en abuse. C'est pourquoi tout le monde en consomme mais personne ne veut que cela se sache: car, pour le mandingue, lâcher du vent en public est l'acte le plus malen­con­­treux. Chacun se targue d'avoir de bonnes manières et accuse son sinankun de ne pas en avoir. Ainsi le haricot dont la consommation peut amener à être discourtois (en lâchant du vent) n'est sensé être consommé par aucune personne de qualité. C'est toujours l’autre qui mange du haricot; entendez par “l’autre” le sinankun.

Dans une typologie qui ne saurait être exhaustive, nous relevons pour le moment sept catégories dont certaines se recoupent :

Au Manden, les personnes qui portent le même patronyme sont sensées avoir le même ancêtre. Quand deux personnes sont sinankun c’est que les deux ancêtres ont conclu un pacte. Quand deux patronymes sont dits être des frères ou synonymes, ils ont les même sinankun:

Tarawele, Danbèlè et Jèbaatè sont des frères d’une part, d’autre part Konè, Konde, Khonte et Jara sont des frères. Ce qui implique que le clan Tarawele- Danbèlè-Jëbaatèest sinankun au clan Konë-Konde-Khonte-Jara-Dawu.

Këëta et Konantèsont des frères, Koroma, Dunbuya et susoko sont des frères, ce qui implique que le clan Jëëta-Konantèest sinankun au clan Koroma-Dunbuya-susoko.

En général les patronymes n'ont pas d'équivalence féminine; toutefois il y a trois exceptions à cela dans le Manden-ouest. Ce sont les masaren (Këëta et Konatë),les Dunbuya ou susoko et les Trawele ou Danbèlè: Le féminin de Këëta est Suko, celui de Dunbuya est Danba7, celui de susoko est Sakiliba ou Taliba, celui de Trawele (Danbëlë) est Dansira. L'origine de ces exceptions féminines n'est pour le moment pas connue.

Tableau : quelques sinankun patronymiques au Mali:

Patronymes

sinankun de

Bagayogo

Jawara

Dugansi

Nimaga

Dukure

Sila

Dunbuya

Sidibe

Koroma, Dunbuya, susoko, Kamara

Kulubali

Jalo

Jakite

Sidibe

Sankare

Jawara

Trawele

Kanute

Trawele

KéÏta

Kuyatè

Kéïta (Koyita), Konantè(Konarë)

Koroma, Dunbuya, susoko, Kamara

Kamara (cousin de→)   

Koroma, Dunbuya, susoko

Konè, Jara, Konde

Jëbagatè,

Konè, Jara, Konde, Njayi

Trawele, Danbëlë

Kulubali  Masasi

Fofana du Kaarta

Kulubali est supposé être cousin croisé de:

Kéïta (ou Koyita), Konantè(ou Konarë)

Fanë, Kantë, Balo (et autres patronymes numu)

Jalo, Jakitè, Sidibe, Sankare (et autres patronymes peul)

Mayiga

Ture

Gindo, Kansay, Dolo (et autres patronymes dogon)

Jènta, Konta, Karabènta (et autres patronymes boso)

Sanogo

Simaga

Patronymes soninke

Patronymes malinké

Sanogo

Jawara

Sila

Sanogo

Sidibe

Sangare

Simpara

Sumare

Tangara

Kulubali

Pour montrer que la sinankunya n’intéresse pas seulement les populations mandingues nous avons donné quelques exemples en dehors du manden. Nous remarquons sans pouvoir l’expliquer une équivalence entre les patronymes mossi et le patronyme Trawele.

Tableau: quelques sinankun ethniques au Manden et périphérie

Les sinankun

Origine probable de la sinankunya

Arma-songoy

(les arma, descendant des envahisseurs marocains, ont usurpé le pouvoir aux songhoy)

Bobo-peul

activités complémentaires

Boso-dogon

activités complémentaires

Jawando-kakolo

Peul-Jawando

(le peul est éleveur de bétail, le Jawando est vendeur de bétail)

Peul-numu

Sënëfo-Gana

voisinage

Sënëfo-Miñanka

voisinage

Soninke-Maninka

(sur le même territoire, le pouvoir maninka a remplacé le pouvoir soninke)

C’est un pacte scellé entre deux ethnies ; cette forme de sinankunya ne tiendra pas compte des patronymes internes aux deux protagonistes. Exemple, deux Konèseront sinankun si l’un est sënëfo et l’autre miñaka.

Deux groupes sociaux voisins s’établissent en général des relations de sinankunya. Ce type de sinankunya a pour but de faciliter les relations de proximité. Elle est la seule sinankunya dans la société touareg et facilite ainsi les relations entre ces deux groupes. La sinankunya de proximité, très légère puisque n’étant basée en général sur aucun pacte, se remarque aussi entre peul et bambara, entre peul et malinké.

ñamina et Sinsani sont deux villes sinankun en milieu bambara. Le Gangaran, le Kolama et le Bafin sont trois cantons (jamana) dont chacun est sinankun des deux autres ; une sinankunya qui ne dépasse pas le niveau de la petite plaisanterie.

Quand deux activités professionnelles se complètent, les personnes concernées éprouveront le besoin de rendre leur coopération plus facile, plus conviviale. C’est peut-être la raison de l’établissement des sinankunya suivantes. Celle entre :

  • éleveurs et vendeur de bétail (Peul et Jawando),

  • éleveur et agriculteur (peul et bambara ou encore peul et maninka)

  • Somono et Boso (ils font tous la pêche),

  • masaren et marabout (le prince a besoin des pouvoirs occultes du marabout),

  • masaren et doma (le prince a besoin des pouvoirs occultes du doma)

  • doma et marabout s’épargnent mutuellement(le doma et le marabout se complètent dans les services qu’ils rendent au roi)

Une sinankunya triangulaire : chacun des trois sommets du triangle est sinankun des deux autres

(Sanbaya, Darawu, Tunbundiyoto, Fatafin...)

Kolama

Image1

Bafin Gangaran

(Solo, Bamafele, Kènyèba  Kènyèkènyèko) (nyèntanso, Hiriya, Hangawura, Bokoto)

La sinankunya triangulaire est celle existant entre A et B, B et C, C et A. La sinankunya de proximité entre ces trois territoires du Manden Ouest (le Koloma, le Bafin et le Gangaran) est en même temps une sinankunya triangulaire. Les villages du Gangaran sont ñëntanso, Hiriya, Hangawura, Bokoto..., ceux du Kolama sont Fatafin, Tunbundiyo, Darawu, Sanbaya... et ceux du Bafin: Solo, Bamafele, Këñëba, Këñëkëñëko... Le principe dans cette forme de sinankunya est que “deux cantons qui se côtoient sont toujours sinankun l'un de l'autre” et ces trois cantons sont frontaliers.

Nous remarquons au Manden une sinankunya triangulaire, entre les masaren (aristocrates descendant de princes), les doma (prêtres du culte traditionnel) et les marabouts (prêtre du culte musulman), où chacun des trois est sinankun des deux autres.

L'on pourrait expliquer cela par le fait que le roi, pour s'assurer de la victoire sur ses ennemis a besoin des talents occultes aussi bien du doma que du marabout. Ces familles maraboutiques, les Manden-Mori sont : Sise, Berete, Kuma, Jaanë, Ture. De cette liste, certains excluent Kuma et Janèen y ajoutant Sila ou même Hayidara. Les Manden-Mori sont d'origine soninke avec des patro­nymes comme Berete, Kuma, Jaanë, Ture, Sila. Toutefois Sise et Hayidara ne seraient pas à l'origine des patronymes, mais des titres donnés aux grands marabouts. Le nom Hayidara viendrait du surnom que portait Ali, le cousin et gendre du Prophète de l’Islam.

Quant à la sinankunya entre le doma et le mori, elle peut s'expliquer aussi par le fait qu'ils jouent la même fonction occulte auprès du roi (fabrique de grigris, de potions magiques, divination...) et qu'ils se complètent comme deux collègues. Parmi les grigris que le masaren porte sur sa veste de chasseur l'on ne peut distinguer celui du marabout de celui du doma.

Une autre sinankunya triangulaire: chacun des trois sommets du triangle est sinankun des deux autres

Masarenw

(Kéïta, Konatè et leurs cousins

Kulubali, Dango, Dantè, Sumano)

Image2

             Moriw                                                         Domaw  

(Sise, Kuma, Janè

Berete, Ture)                                                     (Dunbuya, susoko, et                                                                          

                                                                    leurs cousins les Kamara)                                                                                                                                                                                                            

Selon certaines traditions, horon et sinankunya sont tous égaux à l'origine; c'est la répartition des tâches faite par Sunjata qui fait la différence, et non la hiérarchie. Toutefois, la conception des tenants de la tradition est que les horon, hommes libres, sont supérieurs aux sinankunya et ces derniers doivent être pris en charge. Comme les doigts de la main ne sont pas égaux en longueur, les humains ne sont pas égaux en dignité8; tel est leur argument. Selon les tenants de la tradition, les hommes naissent inégaux tant sur le plan individuel que de groupe; les individus de même que les groupes sont supérieurs les uns aux autres de par la volonté divine (Béridogo, 1997). Cette tradition brime tous ceux qui pensent que tous les humains naissent libres et égaux en droit et en dignité.

Certaines sinankunya sont ainsi hiérarchiques comme celle entre Kéïta et Kuyatè, entre peul et numu, entre Jëbaatèet Jara, entre griot Kanutèet Trawele horon, entre Jawara et Garan­ke. La sinankunya

“entre familles castées et familles libres tend à privilégier les premiers, comme une sorte de compensation de leur statut social inférieur” (Diakité, 1990, 27).

C'est que les gens de caste inférieure qui acceptent ce statut, ne le font qu'au prix fort. Par contre ceux qui ne l'acceptent pas, et ils sont de plus en plus nombreux, se justifient au nom de l'Islam ou des droits de l'homme.

Ce qui est en haut est supérieur à ce qui est en bas

Kakolo   Peul Jara  --®Horon (gens libres )--

Image3

Jawando Numu Jèbaatè--® nyamakala- (gens de castes)

Selon certaines traditions, le fait que Sumaworo Kantèait régné sur le Soso, le Wagadu et le Manden avant l’avènement de Sunjata prouve que les numu n’appartenaient pas à la caste inférieure. Le cloisonnement en caste n'a été décrété que sous Sunjata. Mieux, les numu étaient très respectés et craints, même par les princes dont ils assuraient la protection occulte: ils sont souvent de grands chasseurs sinbon, guerriers et détiennent les grands secrets des cultes traditionnels. L'on pense que c'est la défaite de Sumaworo Kantèqui petit à petit a déprécié les numu.

Tous les cousins croisés patrilatéraux et les cousins parallèles matrilatéraux sont appelés kanimë : ils ont des rapports de parenté à plaisanterie et peuvent se marier entre eux. Par contre les cousins parallèles patrilatéraux sont frères et ne sont donc pas autorisé à plaisanter encore moins à se marier.

Les relations entre cousins croisés chez les Touareg sont exactement ce qu'au sud on pourrait appeler sinankun kunan c'est à dire "une très forte sinankunya " où l'on peut se permettre toutes les extrémités. Vous appartenez à votre cousin comme il vous appartient. Les 4è et 5è règles de la sinankunya fonctionnent pleinement ici. Si le cousin peut devenir le sinankun, l'inverse n'est pas vrai: un sinankun n'est pas forcément un cousin.

La tradition nous dit aussi que l'origine de certaines sinankunya est le cousinage: Les Kulubali seraient les cousins croisés des Konatë-Këëta; de même que les Dunbuya-susoko seraient les cousins croisés des Kamara. Ici aussi la plaisan­terie entre cousins est devenue sinankunya. D'après certains mythes, Boso et Dogon, Dugansi et Nimaga, Peuls et forgerons-lawbe sont présentés comme des cousins.

La journée des oncles : Chez les bambara, une journée du calendrier lunaire est consacrée aux oncles maternels. Cette journée s’appelle belenkorofuran, "balayer autour de l’oncle". Ce qui le rapproche de la sinankunya c’est l’autorisation donnée aux neveux et nièces, pendant le belenkorofuran, de prendre ce qu’ils veulent chez leur oncle. Ce jour là chacun est tenu d'aller saluer son (ou ses) oncle et de faire le ménage chez lui. En retour l'oncle fait des cadeaux à ses neveux et nièces qui sont venus lui rendre visite. S'il n'a pas de cadeaux à leur offrir, ils sont autorisés à prendre tout ce qu'ils veulent dans la maison. Et tout cela se passe de la façon la plus plaisante. Chez les soninke, c’est tout un mois de l’année qui est consacré aux oncles par les enfants.

En dehors même de la journée des oncles, les neveux et nièces ont toujours été gâtés par leurs oncles maternels. La tradition dit que l'homme est sûr que l'enfant de sa sœur est bien son enfant, mais il n'est pas toujours sûr que son propre enfant est son sang. C'est ce qui justifie, dit-on, l'attachement des hommes aux enfants de leurs sœurs. L’observateur non averti trouverait que l’on plaisante beaucoup en Afrique. Ce qu’il ne sait pas, c’est que derrière ces blagues, plein de choses se règlent, à condition de connaître les règles du jeu.

Les codes de conduite dans les sociétés mandingues exigent de bien connaître les règles de civilité, de courtoisie dans les relations entre gens de la même classe d’âge, entre parents à plaisanterie (cousins, grands-parents, beaux-frères), entre sinankun.

La plaisanterie entre gens de la même classe d’âge (filan) sert souvent à se dire certaines vérités. Ils s’appellent par des termes d’adresse destinés aux cadets «mon petit» ou «jeune frère» sans vexer. Ils peuvent aussi appeler la femme du camarade d’âge buranmuso, terme normalement donné à la femme du cadet. Celle-là à son tour peut appeler un ami de son mari nimogo titre normalement donné au petit frère de son mari.

Les petits frères de l’épouse de "ego" peuvent l’appeler «mon petit» sans le vexer et cette plaisanterie peut s’étendre aux amis du beau-frère. Les petites sœurs de l’épouse de "ego" peuvent l’appeler «mon mari» ou «mon petit» sans le vexer et cette plaisanterie peut s’étendre aux amis du beau-frère.

Les cousins eux aussi peuvent s’appeler entre eux «mon petit» sans se vexer. Le grand-père et ses petites-filles s’appellent «mon mari» et «mon épouse» ce qui implique un jeu de "rivalité" entre le grand-père et ses petits-fils autour de la grand-mère.

La règle à ne pas perdre de vue ici est que les appellations d’une catégorie ne peuvent s’appliquer à une autre catégorie. Par exemple, ce serait manquer d’éducation que d’appeler le grand frère de votre épouse «mon petit».

Seuls les sinankun peuvent aller jusqu’à s’appeler «mon fils» ou même «mon petit-fils»; les filan et les cousins n’ont pas le droit de s’appeler ainsi, ce serait trop osé. Les sinankun se réservent le droit de s'appeler entre eux «mangeurs de haricot».

Sous le couvert de la plaisanterie et du jeu, la sinankunya est utilisée souvent pour régler des problèmes sérieux. Mais il faut en connaître les règles.

  1. Connaître les sinankun patronymiques. Il faut chercher d'abord à savoir quel est le patronyme de son interlocuteur pour le classer dans l’un des trois camps: de son côté, du côté de ses sinankun ou dans le camp neutre. Même dans le camp neutre on peut encore trouver un allié: par exemple s'il porte le même patronyme que votre mère, il est donc votre belenkè (oncle maternel) et à ce titre il vous doit protection, il vous doit même une femme; car tout oncle aspire à donner une épouse à son neveu.

  2. Connaître les sinankun ethniques. Ici aussi il faut d'abord chercher à le classer dans l'un des trois camps cités. Parfois le patronyme ne suffit pas pour le classer ethniquement. Alors on entend parfois ce genre de question “Etes-vous un Cissé qui porte un stylo (kalimu) ou un Cissé qui porte un bâton ?”. Cela pour savoir si l'interlocuteur est un Cissé de famille maraboutique (dans ce cas il est sinankun des masaren) ou un Cissé peul c'est à dire sinankun des forgerons, ou encore un Cissé nyamakala.

  3. Il faut connaître aussi les équivalences patronymiques. Par exemple, connaître que Trawele est l'équivalent de Danbèlè, de ñanbali et de Jèbaatè, que Kuruma est l'équivalent de Dunbuya et de susoko, que Konatèet Kéïta sont des frères, et que Ture, Sogoba et Samakè sont équivalents.

  4. Une autre règle est que l'on n'ait jamais l'intention de nuire en plaisantant avec son sinankun, car l'intention vaut déjà l'action. Contrevenir à cette règle expose à la sanction de la divinité qui est témoin du pacte.

  5. L'autre versant de la règle précédente est de ne pas se mettre en tête que l'interlocuteur veut nuire en plaisantant. C'est ce qui permet les plaisanteries les plus osées. Mais dans les milieux très influencés par l'Islam, les sinankun évitent certains excès que l'on remarque pourtant dans les milieux très attachés à la tradition.

  6. La dernière règle est de veiller à ne pas traiter un horon en sinankunya c'est à dire confondre caste supérieure et caste inférieure. Cela arrive souvent aujourd’hui aux esprits incultes des villes; car la majeure partie des patronymes se retrouve aussi bien du côté horon que du côté sinankunya, à l'exception de Kuyatèet Fanë. Le patronyme Kuyatèest exclusivement jeli, les Fanèsont exclusivement numu.

Chez les soninke, Jawunèet Juwara sont forcément garankè donc appartiennent à la caste inférieure. Il faut remarquer ici que les Bacili se divisent en deux clans; Bacili-Sinpara est homme libre et Bacili-Joka (Jawando) est homme de caste.

Il est préférable de prendre un nyamakala pour un horon plutôt que le contraire. Les Jëbaatèqui sont de l'ethnie Sènèfo ne sont pas des “griots”; ce serait manquer de délicatesse que de ne pas les prendre comme tels. Les Kantèdu Soroma (canton soninke du cercle de Bafulabe) ne sont pas “forgeron”; ils ne sont donc pas sinankun des peuls. Ils disent être les descendants directes de Sumaworo Kantèki, lui non plus, ne serait pas forgeron. Néanmoins certains de ses descendants le sont devenus.

Ce code de conduite bien maîtrisé dans le passé est de plus en plus négligées ou même méconnues. Prenons tout de même quelques exemples d'équivalen­ces pour mieux comprendre et appliquer les règles du jeu: Les masaren : KonatèKëëta et Koyita sont des frères; il n'y a donc pas de plaisanterie entre eux. Par contre, ils peuvent plaisanter avec leurs supposés cousins croisés que sont les Kulubali, les Dango, les Dantè, les Sumano. Les doma sont les descendants de Makan Taa Jigi (Dunbuya, Koroma, susoko) et leurs supposés cousins croisés les Kamara.. Il n'y a pas de plaisanterie entre Dunbuya, Koroma, susoko car ce sont des frères. Mais ces trois ont des rapports de plaisanteries avec les Kamara.

Face à la profession de foi égalitaire prônée par l’Islam, l’ordre traditionnel avec ses inégalités sociales que sont les castes cherche à se légitimer par la création de nouveaux mythes. Au lieu de procéder à la suppression du système des castes, les sociétés traditionnelles tentent de se justifier. Beaucoup de pratiques anciennes ont ainsi été recouvertes d’un vernis musulman. (Béridogo, 2000)

Les musulmans maliens trouvent que leur religion, présente dans ce pays depuis au moins mille ans, de religion minoritaire est devenue la croyance majoritaire. Dans leur conscience, cette religion fait partie du patrimoine culturel national. Aujourd’hui, beaucoup de villages maliens, surtout soninké, peul, songhay et maure ne pratiquent aucun culte animiste. L’Islam a gagné tellement du terrain que les offrandes ne sont plus faites aux divinités protectrices des pactes de sinankunya, de sorte que ces divinités sont mortes dans la conscience de la plupart des maliens. La sinankunya n'est donc plus un pacte surveillé par un autel ou une divinité qui sanctionne le contrevenant. S'ils se disaient jadis : jo de bèanw cè (il y a une divinité "jo"qui nous lie), cette expression n’a plus de sens car les sinankun musulmans ne croient plus au jo.

Mais aujourd'hui ils ne retiennent que les bonnes manières qu'impose l'ancien pacte: le musulman malien dit qu'il continue de respecter la “signature” de ses ancêtres en s'obligeant de porter secours et assistance à son sinankun; en fait ce sont les préceptes de sa religion qui le guident à cela: la charité, l'amour du prochain. Toutefois la morale islamique lui interdit toute grossièreté et tout ce qui est irrévérencieux à l'égard des anciens. L'on peut bien plaisanter avec quelqu'un tout en le respectant.

Toutefois il faut signaler que parmi les musulmans maliens certains ne caution­nent pas la sinankunya, à cause de son origine païenne et son langage trop libre; mais aussi et surtout à cause de la hiérarchie qu'elle consolide entre deux castes. La sinankunya de hiérarchie est la forme qui est la plus contestée par cette tendance. Pour eux accepter une telle sinankunya équivaut à rejeter toutes les thèses d'égalité que prône l'Islam.

Les relations à plaisanteries sont donc constituées de trois ensembles: Un premier ensemble est l’alliance cathartique (Cissé, 1991, 115) qui est introduite par un pacte. Cette alliance s’appelle sinankunya chez les mandingues. Toutefois, certains auteurs appellent cette catégorie de relation à plaisanterie, parenté à plaisanterie. Un deuxième ensemble est la parenté à plaisanterie que l’on constate chez des parents (entre cousins croisés, entre grands-parents et petits-enfants) et chez des parents par alliance (entre beaux-frères/ belles-sœurs). Un dernier ensemble est constitué de tout ce qui n’est ni parenté ni pacte, comme l’appartenance à la même classe d’âge qui implique des plaisanteries souvent très osées mais aussi un devoir de solidarité.

Le lien diffus qu’il y a entre les trois catégories de relations à plaisanteries et les divisions sociales qu’elles soient claniques, ethniques ou familiales fait que l’on ne peut efficacement traiter l’un sans comprendre l’autre.



Liste des références bibliographiques

Bâ, A. H. Lettre à la jeunesse, 1985, rééditée à l'occasion du Colloque scientifique international : Culture et tradition dans l’œuvre d’Amadou Hampâté Bâ : vers un nouvel humanisme au XXIe siècle, en novembre 2001).

BERIDOGO, B. 1998 Anthropologie, les grands domaines, Bamako, document polycopié, Université du Mali.

BRASSEUR, P. 1964. Bibliographie générale du Mali (ancien Soudan français et Haut Sénégal-Niger), Dakar, IFAN, 1964, Catalogues et documents n° XVI, fascicule 2.

CAMARA, S. 1976. Gens de la parole, essai sur la condition et le rôle des griots dans la société malinké, Paris, Mouton.

CISSE, D. 1970. Structures des Malinke de Kita (Contribution à une anthropologie sociale et politique du Mali), Bamako, Edition populaire du Mali, 349 p.

CISSE, Y. & KAMISSOKO, W. 1991. Soundjata la gloire du Mali, Paris, Karthala-ARSAN.

De Ganay, S. 1995. Le sanctuaire Kamablon de Kangaba, Paris, Ed. nouvelles du Sud. 61 p.

DIAKITE, D. 1990 "Ethnies, langues et valeurs" in Le Mali, les défis du développement à la base, Bamako, SUCO.

N'DIAYE, B. 1970. Groupes ethniques au Mali, Bamako, Editions Populaires.

N'DIAYE, B. 1970. Les castes au Mali, Bamako, Editions Populaires.

Notes de bas de page


1 Nous appelons société mandingue toute société locutrice d’un parler de la famille linguistique mandingue. Au-delà de la langue, ces communautés ont en partage la culture et l’histoire. Elles sont fortement présentes dans la moitié sud du Mali, dans tout l’ouest du Burkina Faso et dans le nord de la Côte d'Ivoire, au nord de la Guinée, présentes aussi en Guinée Bissau, au Liberia, en Sierra Leonne, en Casamance, au Sénégal oriental, en Gambie, etc.
2 Un sage africain, Amadou Hampâté Bâ, parlant du patrimoine culturel, disait: « comme toute société humaine, la société africaine a, elle aussi, ses tares, ses excès et ses faiblesses. Il faudra laisser disparaître les coutumes abusives, tout en sachant préserver les valeurs traditionnelles positives ».
3 Les cousins parallèles patrilatéraux (Beridogo, 1998), sont considérés comme des frères. Le mot Kanimè le cousin croisé et le cousin parallèle matrilatéral, vient du soninke kalemme (kawu + lemme) qui veut dire étymologiquement le fils (lemme) de l'oncle maternel (kawu qui en composition devient ka). Il s'agit là d'un autre exemple d'inter­férence linguistique dont l'origine est la domination cul­tu­relle soninke. Le lexique bambara comporte plusieurs mots 'origine soninke.
4 Ne pas respecter la parole donnée, chez le malinke, se dit k’a tu k’a nòn: cracher puis lécher cela. C’est le dégoût que cela éprouve.
5 La légende dit que c'est Makan-Taa-Jigi (Jigi qui est allé à la Mecque), l'ancêtre des Dunbuya, qui a importé de la Mecque les grands fétiches (boli) des sociétés d'initiation malinké et bambara. Il serait le fondateur du sanctuaire Kamablon de Kangaba. Tous les chefs de culte mandingue l'invoquent à l'occasion des sacrifices annuels. À ne pas confondre avec un autre pèlerin, Kangu Musa, empereur musulman du Mali. Manden-Fakoli descend de Makan Taa  Jigi. (De Ganay, 1995, 17)
6 Patronyme: nom de famille. Chez les mandingues, le nom de famille est celui de la lignée du père. Contrairement à la femme européenne, la femme mandingue garde son nom de famille en se mariant. Au nord, chez les Touareg, les Arabes et dans une moindre mesure les Songhay, le prénom du père fait office de patronyme. Est-ce une interférence culturelle de l’islam ?
7 De plus en plus Danba est utilisé seulement dans les familles Dunbuya de caste inférieure (griot ou forgeron), à l’exclusion des familles Dunbuya tontigi.
8 A comparer avec la première phrase du premier article de la Déclaration universelle des droits de l’homme : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité...

Pour citer cet article


DOUMBIA Tamba. Les relations à plaisanterie dans les sociétés mandingues. Recherches Africaines [en ligne], Numéro 00 - 2002, 22 juin 2002. Disponible sur Internet : http://www.recherches-africaines.net/document.php?id=85. ISSN ISSN 1817-423X.




Université de Bamako Agence Universitaire de la Francophonie  
Revue électronique internationale publiée par la FLASH de l'Université de Bamako, en partenariat avec l'Université de Gaston Berger de Saint Louis (Sénégal), l'Université Cheick Anta Diop de Dakar (Sénégal) et la FALSH de l'Université de N'Gaoundéré (Cameroun) avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
ISSN 1817-423X