Recherches Africaines
Annales de la Faculté des lettres, langues, arts et sciences humaines de Bamako
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Numéro 05 - 2006 > Géographie - Démographie

Article

Intervalles intergénésiques et planification familiale dans la zone du barrage de Manantali au Mali


Dr. Famagan-Oulé Konaté, Maître –Assistant, Université de Bamako, DER Géographie, FLASH

Date de publication : 9 novembre 2006

Résumé

C'est la première fois qu'au Mali, une recherche quantitative est menée sur l'intervalle entre les naissances. Cette recherche montre la complexité de l'analyse de l'intervalle entre les naissances . Dans le contexte national, il note la spécificité de la distance entre les naissances dans notre zone d'enquête. Pendant la période ayant suivi la construction du barrage, qui se caractérise par l'abandon de la plupart des valeurs traditionnelles, nous avons observé une diminution de l'intervalle entre naissance, cela étant dû à l'absence de mode moderne de contraception. Cette recherche a montré aussi que les intervalles entre naissance dépendent de l'âge, la stérilité post-partum étant liée à l'allaitement au sein. Mais pour ce qui concerne la relation entre l'intervalle des naissances et la polygamie, des recherches plus approfondies devraient être menées. Nous avons précisé le niveau d'utilisation et la demande latente en matière de planning familial. Nous avons insisté sur l'atonie du département en charge du planning dans la zone, à cause du manque d'information, de communication et d'éducation.

Abstract

It is the first time in Mali that a quantitative research is done upon birth intervals. This research shows the complexity of the conceptual approach of the analysis of birth intervals. In the national context, it brings out the specificity of the length of birth intervals in the research area.

In the period after the dam, which is characterized by the declining of most of the traditional values, we have a decrease of intervals between births due to a lack of  modern contraception.

This research has also revealed that birth intervals depend upon age, post-partum sterility linked to the feeding at the breast.

As far as the relation between birth intervals and polygamy are concerned, it is necessary undertake deep researches on / into the matter / topic.

We have precised the level of utilization and latent demand in the matter of family planning. We have insisted upon the sluggishness of departments in charge of family planning in the area, facts that can be attributed to a lack of complain of information, education and communication.


Table des matières

Texte intégral

Le nombre d’enfants qu’aura une femme dépendra en grande partie de l’intervalle entre les naissances. Cet intervalle comprend trois périodes: La période de non susceptibilité à la grossesse, la période d’exposition à la grossesse et, enfin la période de gestation (figure 1). Figure 1: Segmentation moyenne des années de procréation et des intervalles de naissances des femmes sahéliennes non contraceptives

Image1

N = Naissance

Source: Population et développement dans le Sahel, 1990.

Il est d’observation courante que la femme est peu féconde après l’accouchement. Cette période est caractérisée par un arrêt temporaire de l’ovulation et du cycle menstruel. C’est  la stérilité post-partum dont la durée dépend surtout de l’allaitement au sein. Cependant il n’existe pas une relation linéaire entre la stérilité post-partum et la durée de l’allaitement. Généralement au-delà d’une année, l’allaitement perd progressivement son effet inhibiteur sur l’ovulation. En l’absence d’allaitement au sein, la stérilité post-partum n’excède pas trois mois. Certaines ethnies africaines s’abstiennent de tout rapport sexuel après l’accouchement: c’est l’abstinence post-partum. Sa durée varie selon les us et coutumes. Elle peut être parfois plus longue que la stérilité post-partum. C’est pourquoi on définit  la période de non-susceptibilité à la grossesse comme la durée la plus longue si l’on compare la stérilité post-partum à l’abstinence post-partum.

Après la reprise de l’ovulation et des rapports sexuels, survient la période d’exposition à la grossesse. Cette période parfois appelée délai de conception est de l’ordre de 8 mois (H. Leridon, 1973) en l’absence d’autres pratiques contraceptives. Comme nous le voyons, le délai de conception est fonction essentiellement de la fréquence des rapports sexuels mais aussi de la contraception. En cas de conception, débute la période de gestation. D’après H. Leridon (1973), elle s’établit pour un enfant né vivant à 265 jours à compter du premier jour théorique de l’ovulation, soit 279 jours à compter du premier jour des dernières règles. Sa durée moyenne se situe à 274 jours. Quels sont les facteurs qui influencent l’intervalle entre deux naissances vivantes? Cette étude tentera de répondre à cette question dans la zone du barrage de Manantali. Les principaux objectifs assignés à l’étude sont principalement:

  1. établir et analyser les derniers intervalles inter génésiques fermés,

  2. mesurer la relation qui lie l’intervalle entre naissances à ses déterminants essentiels (âge, aménorrhée post-partum, contraception etc.),

  3. quantifier le niveau de connaissance, d’utilisation des méthodes contraceptives (modernes) dans la zone,

  4. enfin évaluer la demande latente en matière de planification familiale.

L’hypothèse qui sous-tend ce travail est  que l’intervalle entre naissances vivantes est influencé par de nombreux facteurs entre autres l’âge de la mère à la naissance de l’enfant, le rang de naissance, la durée de l’allaitement intégral au sein et de l’allaitement complet.

La zone du barrage de Manantali se situe à l’ouest du Mali dans la région de Kayes, cercle de Bafoulabé, arrondissement de Bamafélé.  Le tiers de la surface est occupé par le lac de retenue du barrage. Le climat est de type soudanien, les précipitations oscillent entre 1000 et 1300 mm réparties de mai à octobre. Les températures maximales en saison sèche chaude oscillent autour de 42°C, tandis que les températures minimales ne descendent guère au-dessous de 17°C.

Image2

La végétation est une savane boisée fortement dégradée par les actions anthropiques. Les sols sont de qualité médiocre.

L’économie est dominée par l’agriculture, l’élevage et la pêche. Les cultures vivrières sont principalement le mil, le sorgho, le riz et le fonio. L’arachide constitue la principale culture de rente. Le cheptel comprend des bovins, des ovins, des caprins et quelques âsins. Les bovidés sont essentiellement destinés à la constitution de la dot.  Les caprins et la volaille sont consommés ou vendus. Le lac de retenue a attiré des pêcheurs venus de divers horizons du Mali : Ségou,Mopti, Sélingué.  Le poisson frais est acheminé vers  Kita.  Le poisson fumé est acheminé vers la gare de Mahina pour être évacué par voie ferrée vers Kayes ou Bamako. La zone très enclavée avant la construction du barrage, dispose aujourd’hui de bonnes pistes dans la partie en aval du barrage.  Cependant la zone souffre d’une insuffisance de couverture scolaire et sanitaire.

Entre 1976 et 1987 (date du premier et du second recensement Général de la population et de l’habitat), la population de la zone est passée de 8977 à 17664 habitants soit un taux d’accroissement intercensitaire annuel moyen de 10,5% (le plus fort taux rural au Mali). La population est jeune car les moins de quinze ans représentent 49% de la population. La population comprend une ethnie majoritaire les malinkés (92%) (INRSP1989). Les autres ethnies sont les Peuls, Soninké, Bambara et  Kassonké. Le taux d’alphabétisation de la population de plus de quinze ans est très bas (15%).  La sous scolarisation des femmes est évidente: ainsi parmi les 5% de la population de plus quinze ans ayant fréquenté le premier cycle de l’école fondamentale, 79% sont hommes contre 21% de femmes.  Ce phénomène peut être lié à l’insuffisance de la couverture scolaire mais surtout à la réticence des parents d’envoyer les filles à l’école. La proportion de polygame dans la population mariée est de 30,2% et 47,3% des femmes mariées vivent en union polygame. 42% des enfants nés vivants des femmes de 45 ans et plus décèdent. Les causes de mortalité sont nombreuses et variées. Il s’agit notamment de malnutrition, de paludisme, de diarrhée et de dysenterie. La descendance finale est forte: 7,1 enfants par femme.

Il existe plusieurs manières d’aborder l’étude des intervalles entre naissances. On peut analyser l’ensemble des intervalles entre naissances ou intervalles inter- génésiques d’une cohorte de femmes à descendance complète. C’est le cas idéal.  La collecte des données se fait généralement par enquête rétrospective  «porteuse de biais systématique» selon H. Page (In Baudot P., 1980).  La solution consiste donc à réaliser des études longitudinales étalées sur toute la vie féconde des cohortes étudiées. A ce sujet le même auteur remarquait:«l’ennui est que souvent la famille n’est pas achevée au moment de l’observation et qu’il est difficile d’attendre». On peut étudier l’ensemble des intervalles entre naissances sans s’embarrasser de précautions méthodologiques. C’est à notre avis le procédé le moins conseillé. On peut finalement analyser l’ensemble des derniers intervalles entre naissances, c’est la méthode que nous avons adoptée dans cette étude. Le choix des derniers intervalles intergénésiques fermés s’explique en grande partie par le souci  de minimiser le problème de datation inhérent aux enquêtes rétrospectives. Ainsi les oublis concernant l’âge des enfants sont considérablement réduits pour les femmes jeunes. Quant aux femmes âgées, les enfants souvent présents peuvent participer à l’enquête.

La méthode de collecte utilisée est une enquête rétrospective à passage unique réalisée au mois de février 1991 dans le cadre du DEA (Konaté, 1992), qui a porté sur un échantillon aléatoire de 94 derniers intervalles intergénésiques fermés de deux cents  femmes âgées de 15 à 49 ans réparties entre six villages de la zone d’étude. Ont été collectées aussi des données sur  la durée (en mois) de l’allaitement  de l’avant dernier enfant, sa survie avant 1 an , celle (en mois) de l’aménorrhée et de l’abstinence post-partum depuis la naissance de l’avant-dernier enfant. L’échantillon des derniers intervalles inter génésiques est représentatif des derniers intervalles des femmes fécondes ayant au moins deux accouchements d’enfants nés vivants. Les méthodes contraceptives modernes connues et utilisées par les femmes de la zone ont été recensées ainsi que la demande latente en matière de planification familiale.

La distribution (en mois) des derniers intervalles intergénésiques fermés est hétérogène. Elle présente quatre pics respectivement aux durées suivantes:

  1. 14mois ,

  2. 26,5 mois,

  3. 34,5 mois,

  4. et 5O,5 mois (Tableau 1).

Tableau 1: Distribution des  derniers  intervalles inter génésiques

Classes d’intervalles (en mois)

Effectif

Inférieur à 12

3

12-16

6

17-20

3

21-24

10

25-28

20

29-32

9

33-36

11

37-40

9

41-44

6

45-48

6

49-52

9

53-56

2

Total

94

Moyenne = 32,17 mois

Variance = 132,93     Ecart-type =11,29

Les deux  pics extrêmes caractérisent les groupes de femmes aux intervalles courts et celles aux intervalles longs. Entre les deux groupes se placent les groupes intermédiaires. Cette différenciation dépend de nombreux facteurs tels que l’âge, la durée de l’allaitement et de l’aménorrhée  post-partum. La durée moyenne de l’intervalle entre naissances est de 32,1 mois.  Elle est supérieure à la moyenne nationale qui est de 24 mois (politique nationale de population 1991).  Cependant elle est conforme à la norme des femmes sahéliennes non contractées (Population et développement dans le Sahel, 1990).

Nous avons constaté un allongement de l’intervalle intergénésique moyen de 7 mois lorsque l’âge de la femme passe de 15 à 35 ans (Tableau 2a).

Tableau 2: Intervalle inter génésique moyen selon certaines caractéristiques

Caractéristiques   

Intervalle moyen(en mois)

a) Age  

15-19  

30,1

20-24  

29,4

25-29

32,0

30-34  

32,1

35 et plus

37,5

Total  

32,1

b) Aménorrhée

< 12 mois

27,7

12 mois et plus  

36,9

Total

32,1

c) Allaitement Complet

< 12  mois

18,2

12 mois et plus                   

34,6

Total

32,1

13-18  

10,1

19 mois et plus   

14,4

Total   

10,8

d) Allaitement intégral

< 7  mois                            

26,8

7 mois et plus  

34,7

Total

10,8

e) Nombre de Coépouse

0

30,8

1 et plus                               

33,7

Total  

32,1

L’allongement de l’intervalle entre naissances après 30 ans semble résulter de l’accroissement des cycles anovulaires, de la diminution de la fécondabilité de la femme (due probablement à l’espacement des rapports sexuels) et de l’augmentation du taux de mortalité intra-utérine à partir de cet âge. Il est difficile de dissocier l’effet de l’âge de celui du rang de naissance. Une corrélation significative existe entre l’âge et la longueur de l’intervalle entre naissance (Tableau 3).

Tableau 3: Corrélation entre la longueur de l’intervalle inter génésique et différentes variables.

Variables         

Coefficient de corrélation

 Signification

Age/mère

   0,228    

 (α ≤ 0,05)

Rang de naissance

   0,094  

non significatif (α ≤ 0,05)

Le rang de naissance ne paraît pas influer sur la longueur de l’intervalle entre naissances. La raison essentielle de ce phénomène est le reflet des normes sociales car la finalité de celles-ci est la plus grande survie des enfants quel que soit leur  rang de naissance dans la descendance.

La longueur de l’intervalle entre naissances est naturellement influencée par l’aménorrhée post-partum (stérilité post-partum). Ainsi nous remarquons un allongement de la longueur de l’intervalle inter génésique moyen de 9,1 mois lorsque la durée de l’aménorrhée post-partum passe d’une durée inférieure  à 1 an et à 1 an plus (Tableau 2b).

Nous avons déjà souligné que la stérilité post-partum était liée à l’allaitement au sein. Le Tableau 4 révèle que la stérilité post-partum passe du simple au double lorsque la durée de l’allaitement complet passe de six mois à 15,5 mois.

Tableau 4: Durée moyenne d’aménorrhée post-partum selon l’allaitement complet au sein.

Allaitement       (en mois)Complet                    

           

Durée moyenne  (en mois)                d’aménorrhée post-partum

≤  12      

  5,5

13-18    

 10,1

19 mois et plus    

  14,4

Total     

  10,8

De ce constat,  la relation entre l’allaitement et l’intervalle intergénésique n’est pas une surprise: l’intervalle intergénésique moyen passe presque du simple au double quand la durée de l’allaitement complet au sein de l’avant dernier enfant passe de moins de 1  an à 1  an et plus (Tableau 2c). Egalement, nous constatons un allongement de l’intervalle intergénésique moyen de 7,9 mois lorsque la durée de l’allaitement intégral de l’avant dernier enfant dépasse 7 mois (Tableau 2d).

L’influence de la polygamie sur la longueur de l’intervalle entre naissance n’est pas nette. Cependant de nombreux travaux, notamment celui de LOCOH T. (1984), ont indiqué qu’une corrélation négative liait la polygamie et la fécondité ( Tableau 2e).

Les faits invoqués pour expliquer le phénomène sont multiples:

  1. dans un ménage polygame, les nuits sont naturellement partagées par les coépouses, ce qui pourrait diminuer la fécondabilité de chacune,

  2. on peut émettre l’hypothèse que certains mariages polygames ont été induits par l’infécondité de la première épouse. Il arrive dans de pareil cas que la femme cherche à divorcer et à aller tenter sa tâche avec un autre partenaire ce qui constitue une source possible de la mobilité conjugale des femmes.

Plusieurs auteurs ont montré que l’allaitement a aussi un effet après la reprise du cycle menstruel après l’accouchement. A ce sujet Locoh T. (1984) souligne que

«les femmes ayant de nouveau leurs règles sont en moyenne moins fécondes si elles allaitent encore.»

Dans une enquête réalisée à Taiwan auprès de 5000 femmes A.K. Jain et al ( in Locoh T., 1984) ont mis en évidence que parmi les femmes qui allaitent depuis le retour des couches, 45% deviennent enceintes dans les six mois, alors que cette proportion atteint 68% chez les femmes qui ont cessé d’allaiter. Chaque mois d’allaitement au-delà des couches ajoute en moyenne 0,6 mois à l’intervalle entre naissances.

A la question: connaissez-vous au moins une méthode contraceptive moderne? 74% des femmes ont répondu par oui. Nous avons estimé ce fort pourcentage  comme une intention d’évacuer volontairement la question ou le résultat de la censure sociale, si l’on sait que la plupart des femmes ont été interrogées en présence de leurs maris.

La prévalence contraceptive à un moment quelconque, toute méthode contraceptive confondue est très faible dans la zone. Elle n’est  que de 5%, l’abstinence  post-partum semble être la seule méthode d’espacement des naissances par les femmes rurales du Mali (Traoré, B et 1989).

Pourtant les structures chargées de la planification familiale intégrées dans les services sanitaires existent dans la zone. De la faiblesse de la prévalence contraceptive, nous pouvons nous poser un certain nombre de questions:

  1. les agents chargés de la planification sont-ils vraiment actifs?

  2. croient-ils eux-mêmes aux stratégies envisagées?

Nous avons noté par ailleurs que les centres de santé ne disposent d’aucun circuit extérieur de distribution des contraceptifs. Les agents ne mènent non plus, faute de ressources humaines, aucune campagne d’information d’éducation et de communication sur la planification familiale. Cela pourrait contribuer en partie à l’inertie des structures chargées de la planification familiale. Nous estimons que ces campagnes de vulgarisation  et de sensibilisation sont nécessaires pour une meilleure adhésion des populations à la planification familiale.

A la question: Avez-vous l’intention prochainement d’utiliser une méthode contraceptive moderne?  22% des femmes ont donné un avis favorable dont 73% ont déclaré vouloir utiliser la méthode contraceptive dans les douze prochains mois. Ce fort pourcentage pourrait être le reflet d’une vague promesse faite pour faire plaisir à l’enquêteur mais vite oubliée avec le temps. Aussi les auteurs du rapport sur l’étude des conditions sanitaires et socioculturelles de la fécondité  (INRSP-Université de Provence 1988) avaient déjà noté le même désir dans les mêmes  discours au cours de leur enquête dans la région de Kayes en 1987-1988. Trois ans plus tard donc en 1991, nous constatons que le pourcentage d’intention favorable reste le même. Cela porte un doute sérieux quant à la sincérité des déclarations des enquêtées.

La plupart  des femmes (69%) déclarent approuver l’utilisation de la contraception (moderne) par les couples contre 25% de rejet et 6% de non déclarées. Les raisons invoquées pour justifier le rejet de la contraception sont la peur (33%), la religion (12%)  et  55% de non déclarées qui traduit un certain désintérêt de la population vis-à-vis de la planification familiale. Ce désintérêt semble être en rapport avec le manque d’information sur les contraceptifs modernes dans la zone.

Il est à noter également que l’introduction de la contraception moderne au Mali est assez récente. Elle date de 1972 avec la création et la reconnaissance de l’Association malienne pour la promotion et la protection de la famille en 1972.

L’originalité de cette recherche demeure dans l’approche quantitative des intervalles entre naissances et de leurs déterminants. La longueur de l’intervalle inter-génésique moyen  dans la zone de Manantali est de 32,1 mois.

 L’étude a suffisamment révélé qu’il existe une corrélation significative entre la longueur de l’intervalle et certaines variables comme l’âge de la mère à la naissance de l’enfant, l’allaitement et l’aménorrhée post-partum. Ces interrelations ont été quantifiées et l’étude des intervalles entre naissances selon la classe d’âge de la femme permet d’estimer les taux de fécondité par âge. Pour une classe d’âge donnée de la femme, le taux de fécondité par âge est inversement proportionnel à l’intervalle inter-génésique moyen de cette classe d’âge.

Rappelons cependant que la longueur de l’intervalle entre naissances vivantes tout comme la fécondité n’est qu’un maillon de la structure traditionnelle (structure familiale, structure économique etc.). Elle est aussi une réponse du groupe social aux problèmes posés par l’environnement. C’est ainsi que deux théories s’affrontent pour interpréter les préférences des sociétés africaines pour la nombreuse descendance:

  1. la théorie du «flux intergénérationnel des richesses parent / enfants» développée par J. C. Caldwell,

  2. la théorie sur le «mode de production en relation avec la demande d’enfants» présentée par Francke R. W.

Nous avons insisté sur l’inertie des structures chargées de la planification familiale dans la zone. Pour terminer, dans le nouveau contexte environnemental socio-économique et culturel par la construction du barrage il reste à étudier l’évolution des comportements des populations en matière de fécondité et de gestion des ressources.



Liste des références bibliographiques

Baudot p.: 1992,Analyse de la fécondité et de la mortalité infantile dans la région de Marrakech (Maroc), Thèse Université de Provence France.

Cerpod: Population et développement n°51, 1990, «La fécondité pose problème» Bamako, Mali, 38 P.

Institut du sahel: 1990, Planification familiale, santé familiale et développement, Bamako, Mali, Document dactylographié, 16 P.

Institut National  de Recherche en Santé Publique (INRSP) et Université de Provence (France):  1988, Rapport  sur l’étude des conditions socioculturelles de la fécondité dans le cadre de la stratégie alimentaire, Edition provisoire, Délégation de la communauté Economique Européenne auprès de la République du Mali.

Konate F.: 1992,Elément d’analyse des caractéristiques sociodémographiques et des intervalles inter génésiques dans la zone de Manantali, Mémoire de DEA, ISFRA, Bamako.

Leridon h.: 1973,Aspects bio métriques de la fécondité humaine, INED, PUF, France, 199 P.

locoh t: 1984, «Fécondité et famille en Afrique del’Ouest» INED, cahier n°107, Travaux et documents, Paris, PUF, 199 P.

Traoré B., Konate m. K. et Stanton C.:al 1989, Enquête démographique et de santé au Mali, 1987,Columbia, Maryland: IRD/ Macro systems.

Pour citer cet article


Konaté Famagan-Oulé. Intervalles intergénésiques et planification familiale dans la zone du barrage de Manantali au Mali. Recherches Africaines [en ligne], Numéro 05 - 2006, 9 novembre 2006. Disponible sur Internet : http://www.recherches-africaines.net/document.php?id=326. ISSN ISSN 1817-423X.




Université de Bamako Agence Universitaire de la Francophonie  
Revue électronique internationale publiée par la FLASH de l'Université de Bamako, en partenariat avec l'Université de Gaston Berger de Saint Louis (Sénégal), l'Université Cheick Anta Diop de Dakar (Sénégal) et la FALSH de l'Université de N'Gaoundéré (Cameroun) avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
ISSN 1817-423X