Recherches Africaines
Annales de la Faculté des lettres, langues, arts et sciences humaines de Bamako
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Numéro 05 - 2006 > Sociologie - Anthropologie

Article

Aspects linguistiques et sociolinguistiques de l’alliance à plaisanterie entre quelques groupes ethniques en milieu urbain


Abou NAPON, Maître de Conférences, Université de Ouagadougou

Date de publication : 9 novembre 2006

Résumé

La présente étude analyse les aspects linguistiques et sociolinguistiques de l'alliance à plaisanterie entre groupes ethniques dans les centres urbains. Cela se passe sous la forme d'un jeu verbal. Les parentés à plaisanterie sont des libéralités et des licences verbales entre individus du même groupe ethnique ou entre groupes différents. l'objectif de telles pratiques est de générer une certaine convivialité entre groupes qui partagent le même espace. L'origine de ce jeu viendrait d'une légende (vraie ou fausse) comme toutes les légendes entre deux protagonites.

Abstract

The present study analyses the linguistic and sociolinguistic aspects of joking alliance between some ethnic groups in urban centres through a characteristic trait of this alliance which is the verbal / oral game.

Joking alliances are diverse teasings and verbal licences between individuals within the same ethnic group or between different groups. The objective of such practices is to provoke a relaxation between the different groups that coexist in a territory or in a given space. The origin of joking alliances stem from a real or imaginary story, it is always dual in, nature, simple and relates two different groups.


Table des matières

Texte intégral

Le présent article s’intéresse à une pratique sociale qui était utilisée bien avant les indépendances par les groupes ethniques pour réguler les tensions sociales qui pouvaient naître entre eux et, ce, pour favoriser une coexistence pacifique entre les différentes ethnies ou les groupes de population composant le pays. Mais force est de constater que cette pratique est plus que d'actualité au Burkina Faso, il s’agit de l’alliance à plaisanterie.

Cependant il existe une confusion terminologique entre l’alliance à plaisanterie et la parenté à plaisanterie; pourtant les deux expressions ne sont pas synonymes. Il désigne chacun des réalités précises. A ce propos, A. SISSAO (2002 : 6) distingue:

«La parenté à plaisanterie qui doit son nom à l’existence d’une relation de consanguinité contractée par mariage entre deux groupes ou deux familles, lien qui autorise un certain nombre de privautés, par exemple entre petit-fils et grand-père ou bien entre le frère cadet et l’épouse du frère aîné.

 L’alliance à plaisanterie qui elle repose sur l’existence d’un lien entre deux groupes, deux villages, deux quartiers, etc., lien opéré par le truchement des ancêtres qui ont scellé un pacte sacré basé sur des relations amicales».

D’une manière générale, on peut dresser la typologie des relations à plaisanterie de la façon qui suit:

Image1

Les relations de plaisanterie sont des taquineries diverses et des licences verbales entre des individus au sein d’un même groupe ethnique ou entre des groupes différents. L’objectif de telles pratiques est, selon A. NYAMBA (2001: 64)

 «de provoquer un relâchement qui constitue (…) une détente et une compensation nécessaire à la vie de groupe».

Ces relations comportent des préceptes de non-agression, d’assistance mutuelle, de respect et de solidarité. Un des traits caractéristiques de la parenté et de l’alliance à plaisanterie est le jeu verbal et gestuel. Ce jeu est fait d’insultes, de menaces et de railleries grossières.

Comme indiqué plus haut, notre étude s’intéressera essentiellement à l’alliance à plaisanterie. Il s'agira pour nous d'appréhender son importance dans la société burkinabè et de rendre compte des règles du jeu verbal qui sont associées à cette alliance.

Malgré l’attachement des membres des différents groupes ethniques à cette alliance, nous nous posons la question de savoir si elle ne risque pas de disparaître un jour.

A ce propos, nous avons formulé deux hypothèses. La première est que la pratique de l’alliance à plaisanterie est une réalité au sein des groupes ethniques en milieu urbain. La deuxième est que la pratique de l’alliance à plaisanterie varie en fonction de l’âge des locuteurs.

L'étude telle qu’elle est formulée s’inscrit dans le domaine de la sociolinguistique du contact de langues et de cultures dans la mesure où elle cherche à appréhender comment fonctionne le jeu verbal qui sous-tend l’alliance à plaisanterie d’une part, et d’autre part à, cerner les productions imaginaires des groupes ethniques.

Pour trouver une réponse à nos préoccupations, nous avons mené une enquête de terrain à travers la ville de Ouagadougou1, car c’est en milieu urbain qu’on peut observer le dynamisme ou non de l’alliance à plaisanterie. Lieu de rencontre entre les faits de tradition et les faits modernes, la ville permet de cerner les conséquences du contact entre la culture dite traditionnelle et la culture «moderne».

L’objectif visé à travers une telle enquête était de voir si les enquêtés connaissaient réellement d’une part, les règles de l’interaction verbale dans le jeu de l’alliance à plaisanterie et d’autre part, les fonctions sociales de cette alliance.

L'enquête s'est déroulée en trois étapes. La recherche documentaire nous a permis de réunir des données sur les alliances à plaisanterie au Burkina Faso. Ce travail a permis de retenir quelques groupes ethniques ayant des relations à plaisanterie entre eux. Il s’agit des Mossi et des Samo, des Gourounsi et des Bissa, des Gourmantché et des Yaadsé, des Peul et des Bobo. Ces groupes ont été retenus sur la base du fait qu’ils sont les plus nombreux dans l'agglomération ouagalaise. De ce fait, il était facile d'utiliser l'observation participante périphérique2 qui semble être l'une des meilleures techniques pour saisir les échelles de comportements langagiers.

La deuxième étape a été consacrée au recueil, des joutes oratoires des enquêtés. Après ce travail nous avons eu des entretiens avec 160 personnes lettrées à raison de 20 informateurs par groupe ethnique au sujet:

  1. de l’origine des alliances à plaisanterie;

  2. des contextes dans lesquels l’on a recours à l’alliance à plaisanterie;

  3. de l’importance de l’alliance à plaisanterie dans la société;

  4. des interdits dans le jeu verbal;

  5. de la perpétuation de l’alliance à plaisanterie.

Dans le choix des enquêtés, nous avons pris en compte également la variable «âge», car nous avons pensé que cette variable pourrait avoir un impact sur la connaissance ou la méconnaissance des règles qui régissent le recours à l’usage de l’alliance à plaisanterie. Ainsi dans chaque groupe ethnique, il a été retenu 10 jeunes de 18 à 29 ans et 10 adultes de 30 ans et plus. Au cours de notre enquête de terrain il est apparu que c’est essentiellement deux langues qui sont utilisées dans les échanges verbaux. Il s’agit du français et du mooré. L’usage du français est dû au fait que tous les enquêtés ont été scolarisés. En outre, cette langue se présente comme l’outil qui facilite l’intercompréhension entre les membres des différents groupes ethniques. La langue, joue ici une fonction véhiculaire. Quant au recours au mooré, il est lié au fait que c’est la langue majoritairement usitée et servant de langua franca à Ouagadougou. L'utilisation du mooré par les autres groupes ethniques est lié surtout à leur désir d’établir une certaine complicité entre eux et leurs amis mossi.

A. NYAMBA (2001: 65) distingue trois explications concernant les origines des alliances à plaisanterie. Il s’agit:

  1. Des récits anecdotiques passés: selon l’histoire, l’alliance à plaisanterie entre les Bissa et les Samo serait née d’une dispute pour la tête d’un chien entre deux frères. Aimant tous les deux la tête de l’animal, ils n’arrivaient pas à s’accorder sur qui devait garder cette précieuse partie et se séparaient. Et depuis lors, les Bissa et les Samo se rejettent la responsabilité de l’éclatement de l’unité familiale.

  2. Des rapports historiques de voisinage: A. NYAMBA (op. cit), relate l’histoire de la cohabitation entre les Peul et les Bobo dans la plaine de Gondo au nord-ouest du Burkina Faso. Pour lui, chaque groupe, en se caractérisant par des différences dans les modes de vie, les activités de production et les systèmes de représentation sociale s'explique «l’étrangeté» de l’autre. Cette étrangeté réciproque s’est muée en relations de plaisanterie, évitant ainsi d’être source de conflits réels, même si de temps à autre, il y a eu de sérieuses bagarres entre eux.

 «Les peul détestent les Bobo parce qu’ils raffolent de chenilles grillées et de bière de mil.

Les Bobo à leur tour accusent les peul d’être des créatures fragiles et immatures, car ne buvant que du lait. Chacun cherche à affirmer sa supériorité par rapport à l’autre».

  1. Les alliances matrimoniales contractées par le passé: les relations matrimoniales contractées par le passé dans les zones frontalières sont à la base de certaines relations de plaisanterie. A ce propos, A. NYAMBA (op. cit: 67) soutient que:

«Les Mossi ont établi des relations de plaisanterie avec certains groupes ethniques qui vivaient à la frontière de leur empire à la suite de rapts de femmes et même d’enlèvement d’enfants. Cette situation a fini par faire apparaître des neveux, des cousins et toutes sortes de «parents» de degrés divers, de part et d’autre».

Ainsi donc, le développement de relations de plaisanterie entre «parents obligés» est une garantie pour la paix sociale.

D’une manière générale, à en croire l’auteur, le point commun aux diverses formes de relations à plaisanterie est toujours une histoire, vraie ou inventée, elle est toujours drôle, simple, concise, enjouée et très enlevée, pour détendre les spectateurs dont la présence est une condition du bon déroulement du jeu.

A. NYAMBA (2001: 69) recense 28 types d’alliance à plaisanterie entre les ethnies du Burkina Faso. Ce sont:

Ethnies concernées

Ethnies alliées à plaisanterie

1

Bissa

Gourounsi, Yarcé, Samo, Yaadse

2

Birifor

Lobi, Goin, Dafing

3

Bwaba

Peul, Sembla, Dafing

4

Bobo-Dioula

Peul, Sembla, Dafing

5

Bobo-Fing

Peul, Dafing

6

Bozo

Dogon

7

Dafing ou Marka

Peul, Bobo-Dioula, Bwaba

8

Dagara

Siamu, Sénoufo, Goin

9

Djan

Goin

10

Dogon

Bozo

11

Fulsé

Gourmantché, Bissa

12

Gourounsi

Bissa, Yarcé, Djerma

13

Gourmantché

Yarsé, Bissa

14

Goin

Lobi, Djan, Dagara

15

Jula

Lobi

16

Lobi

Jula, Goin, Birifor

17

Mossi

Samo

18

Peul

Bobo, Yarcé, Bambara, Marancé, Dioussambé

19

Pougouli

Dagara, Peul, Goin, Bwaba, Turka, Sénoufo

20

Samo

Mossi, Bissa

21

Sénoufo

Dagara, Lobi, Djan

22

Sembla

Toussian, Bobo-Dioula, Bwaba

23

Siamu

Djan, Lobi, Dagara, Pougouli

24

Toussian

Sembla, Lobi, Dagara

25

Turka

Dagara, Lobi

26

Vigué

Peul, Bwaba

27

Winy

Peul, Bissa, Goin, Lagama, Djerma

28

Yana

Zaoussé (Diabo)

L’examen du tableau montre qu’un même groupe ethnique peut entretenir des relations à plaisanterie avec plusieurs autres à la fois. De même, ce tableau montre que les différences linguistiques ne constituent pas des blocages pour la pratique des relations à plaisanterie. En effet, on note que l’alliance à plaisanterie existe même entre les groupes ethniques qui n’appartiennent pas au même groupe linguistique. Par exemple, le gourounsi relève du groupe gur alors que le bissa appartient au groupe mandé. De même, le bissa appartient au groupe Mandé tandis que le yarcé relève de la famille gur.

Les langues ont été classées en fonction du lien de parenté entre elles par la linguistique historique ou génétique. A ce propos, on distingue trois groupes de langues au Burkina Faso:

  1. le groupe gur (gourounsi, mooré, gourmantché, …)

  2. le groupe mandé (dioula, bissa, samo, …)

  3. le groupe ouest-atlantique (fulfuldé).

Le fonctionnement de l’alliance à plaisanterie obéit à une certaine réglementation dans les groupes. A. SISSAO (2002: 81) distingue à ce propos les interdits suivants :

  1. La prohibition de l’adultère : Il ne faut pas sous peine de ternir l’image des relations entre les groupes, entretenir des relations sexuelles avec la femme de l’allié à plaisanterie.

  1. Les insultes sur les défauts physiques: Il est interdit d’adresser des injures portant sur les défauts physiques ou moraux de l’homme ou de la femme ou de la famille du parent à plaisanterie.

  1. L’insulte de la mère: Une telle régulation est liée au fait que la mère jouit d’un statut privilégié dans les sociétés, car elle symbolise la fécondité et la sauvegarde de la tradition.

  1. L’interdiction de verser le sang de l’allié: Il est interdit de verser le sang de son allié à plaisanterie. Cette violation entraîne l’arrêt du pacte. Dans certains cas, des cérémonies propitiatoires peuvent exorciser la transgression.

  1. Les rixes entre alliés à plaisanterie: Il ne doit pas y avoir de bagarres entre alliés à plaisanterie.

  1. Les jeux de mains entre alliés à plaisanterie: On ne doit pas porter de coup à l’autre. Cette violation entraîne l’arrêt du pacte.

  1. L’interdiction d’insulter l’individu: On ne doit pas insulter l’individu mais le groupe auquel ce dernier appartient, car l’objectif du jeu verbal est de montrer la supériorité de son groupe sur un autre.

L’intérêt de cette taxinomie des interdits est de voir la relation qui existe entre ce qui est proscrit dans la société et ce qui se passe dans la réalité au quotidien à travers les comportement langagiers des locuteurs.

Après ce bref aperçu sur l’origine des alliances à plaisanterie, il importe de s’intéresser aux aspects linguistiques.

La dénomination de l’alliance à plaisanterie dans les différents groupes ethniques est faite en référence à la notion de jeu.

Les dénominations de l’alliance à plaisanterie au sein de quatre (4) groupes ethniques révèlent que quel que soit le groupe, l’accent est mis sur la notion de jeu. Ainsi, l’alliance à plaisanterie a été créée pour permettre aux populations de vivre ensemble sans heurts entre elles. A titre indicatif, les groupes retenus sont: les Mossi, les Dioula, les Gourounsi et les Bissa.

En nuni, langue Gourounsi du groupe occidental, l’alliance à plaisanterie est désignée sous le nom de

dwii bwana /parents/jeu

parents à plaisanterie

En mooré, langue des Mossi, on parle de

yoge rakiire

/jeu/parents/

parents à plaisanterie

En Bissa, on parle de

dokaroza

/jeu/celui avec qui on s’amuse/

parents à plaisanterie

en Dioula, pour désigner l’alliance à plaisanterie, on utilise le terme de

sinankunya tulon

parents à plaisanterie

En décomposant le mot on a:

  1. sinangu=parent à plaisanterie

  2. sinangu-ya =la parenté à plaisanterie

  3. sinangu-ya tulon=la plaisanterie dans le cadre de la parenté à plaisanterie

  4. ya est un dérivatif qui sert à former les noms des nations abstraites

Dans tous les cas, l’on a recours à un mot composé dans les quatre langues pour nommer la parenté à plaisanterie.

Le fait que la notion de «parent» apparaisse dans toutes les langues explique en partie pourquoi, il y a la confusion entre alliance à plaisanterie (sans consanguinité) et parent à plaisanterie (+ consanguinité). Dans la plupart des langues, il existe des termes appropriés pour désigner les différents types de rapports qui existent entre les parents (+ consanguinité). A titre indicatif en dioula, on a les dénominations suivantes:

  1. Entre deux régions = joo

  2. Entre clans = joo

  3. Entre cousins = joo

  4. Entre grand-père et petit-fils = mocetulon

  5. Entre frère cadet et épouse du frère aîné = ninmogo ya tulon

  6. Entre grand’mère et petite fille = mamamuso tulon

Comme souligné un peu plus haut, c’est le jeu verbal qui donne à l’alliance à plaisanterie sa valeur au sein de la société. Le jeu verbal a une fonction ludique. Dans les échanges entre les protagonistes, chacun cherche à disqualifier son interlocuteur aux yeux des autres. De ce fait, il faut trouver des mots ou des expressions pouvant entraîner une hilarité plus importante de la part des témoins; le jeu verbal se déroulant le plus souvent en présence d’un public que l’on cherche à amuser. Lors des rencontres, chacun des protagonistes cherche à prendre la parole en premier. La prise de parole en premier permet aux dires des enquêtés «de marquer un point» sur son interlocuteur. En effet, celui qui est pris de court par le premier n’arrive pas souvent à trouver la parade pouvant entraîner des éclats de rires plus importants au sein de l’assistance.

En somme, l’alliance à plaisanterie à travers le jeu verbal constitue une école de rhétorique où l’individu apprend l’art de parler et de se défendre verbalement. Ainsi, lorsque quelqu’un fait l’objet d’une injure, il doit développer ses talents, de communicateur pour trouver des mots à même de se sentir au dessus de son interlocuteur. D’une manière générale, on note que les phrases échangées dans l’alliance à plaisanterie fonctionnent par couple. Ainsi, lorsque le premier interactant dit une phrase, le second réplique en suivant le même registre verbal. Ce qui donne à l’échange une forme ritualisée. Les exemples qui suivent illustrent notre propos.

L’analyse de notre corpus montre que deux types d’insultes sont utilisés dans le jeu verbal. Il s’agit des :

  1. insultes adressées à l’individu et qui portent sur les défauts physiques, les traits de caractères et sur le père et la mère;

  2. insultes adressées au groupe ethnique et ayant trait aux caractères et aux défauts physiques.

Concernant ce type d’insultes, il a été relevé les expressions suivantes:

Des joutes verbales relevant de ce registre ont été relevées dans les interactions qui suivent:

Interaction Bissa – Gourounsi

«Eh petit maigrelet, ne t’amuses pas avec moi.

Eh, toi le ventru, attention sinon tu vas voir.

Tu ne mérites pas ton salaire, car tu es petit.

On doit normalement te donner un demi-salaire».

Les insultes de «maigrelet», de «ventru», de «petit» sont utilisées en référence aux caractères physiques des deux interactants: L’un ayant un gros ventre et l’autre ayant une petite taille.

Interaction Gourmantché – Yaadga

«Pape Jean-Paul IV, viens voir.

Eh, petit rabougri gourmantché faut pas t’amuser avec moi».

Dans cette interaction, le Yaadga est appelé Pape Jean-Paul IV, parce qu’il est chauve. Cette apparence physique fait qu’il y a une ressemblance entre le Pape Jean Paul II et le Yaadga. Le Gourmantché est traité de rabougri, car il est petit de taille.

Interaction Mossi – Samo

«Regardes comment tu es noir comme le charbon

Tu ne vois pas comment tu es vilain comme un porc.»

Les expressions «noir comme le charbon» et «vilain comme un porc» renvoient respectivement à l’état physique de chacun des interactants. Le Moaga est noir et le Samo est vilain.

Interaction Peul – Bobo

«Et maigrichon, viens voir, je vais te casser en deux

Espèce de gros con, essaye et tu verras».

Dans l’interaction ici, le Peul est traité de maigrichon, car il est frêle, et le Bobo reçoit lui l’insulte de gros con.

Les échanges verbaux ne se déroulent pas uniquement en langue française, certains protagonistes ont souvent recours aux langues nationales en l’occurrence la langue mooré. Pour exemple, il a été relevé les expressions du genre:

Interaction Gourounsi – Bissa

‘pooro soab wa ka

/ventru/propriétaire/venir ici/

«l’homme au gros ventre viens ici»‘

‘nisaal wagro ra reem ne maam do

/personne/maigre/ne pas/s’amuser/avec moi/

«maigrelet ne t’amuses pas avec moi»’

Le Bissa est insulté à cause de l’état de son ventre et le Gourounsi parce qu’il est maigre.

Interaction Gourmantché – Mossi

‘gess fo son ya bedr wa naafo

/regarde/toi/être/gros/comme/un bœuf/

«regarde comment tu es gros comme un bœuf»’

‘zu bedro baas m soo

/tête/grosse/laisser/moi tranquille/

«l’homme à la grosse tête, laisse-moi tranquille»’

Le Mossi dans cette interaction est comparé au bœuf, car il est gros et le Gourmantché est appelé «grosse tête» ayant effectivement une grosse tête.

Quand on examine l’ensemble des insultes, elles touchent à l’intégrité physique des interactants mais nul ne s’en offusque. En dehors du cadre de l’alliance à plaisanterie, la tenue de tels propos aurait sans nul doute provoqué peut-être des rixes. Après chaque interaction, l’on note que tout le monde éclate de rire et chacun continue son chemin comme si rien ne s’était passé – et ce grâce à la magie de l’alliance à plaisanterie entre les ethnies.

Cependant, en règle générale, ce genre d’insultes est proscrit dans l’alliance à plaisanterie, c’est l’ignorance des principes qui régissent le fonctionnement de l’alliance à plaisanterie qui conduit les gens à porter atteintes à l’intégrité physique des autres. Cette ignorance est liée au fait que les locuteurs qui ont été tous scolarisés en français ne maîtrisent plus les valeurs culturelles de leur société. En effet les entretiens réalisés avec les informateurs ont montré que les adultes (80/80) savaient qu’il y a des insultes qui sont interdites dans le jeu verbal ; ce qui n’était pas le cas des jeunes (15/80). Si, en théorie les adultes déclarent connaître les règles de l’alliance à plaisanterie, dans la pratique, ils ne tiennent pas compte de ces barrières dans leur jeu verbal, (confère, présentation des interactions verbales entre les enquêtés).

Les insultes interdites qui sont connues de l’ensemble des adultes interrogés portent sur la mère et l’infirmité. Le sexe et les intimités, autres interdits ne sont pas cités par les informateurs.

Les insultes dans ce cas de figure ont trait aux qualités ou défauts moraux et intellectuels.

A propos de ce type d’insultes, il a été relevé des expressions du genre:

Interaction Gourounsi – Bissa

«Viens prendre cinq cents francs espèce de pauvre.

Je suis pauvre mais je suis mieux que toi».

Dans cette interaction, le Bissa est traité de pauvre par le Gourounsi, ce que ce dernier réfute en disant que même pauvre, il vaut mieux que le Gourounsi.

Interaction Mossi – Samo

«Eh! doucement,  espèce de gourmand ton plat de riz ne va pas s’enfuir.

Regarde-moi bien, tu sais que ça ne me ressemble pas».

Dans cet échange entre les deux interactants, le Samo est traité de gourmand par le Mossi.

Interaction Gourmantché – Yaadga

«Si, tu ne connais rien, tu viens me voir, tu sais que je suis intelligent.

Mon œil, plus intelligent que qui? C’est pas moi en tout cas».

Dans cette interaction, le Gourmantché tente de montrer au Yaadga qu’il est plus intelligent que lui. Le second réplique en disant que le premier cherche plutôt à se vanter qu’à prouver quoi que ce soit.

Interaction Bobo-Peul

«Eh! toi tu ne peux même pas boire une seule bouteille de bière et tu te dis homme.

On n’a pas besoin de boire pour se dire homme, l’alcool c’est pour ceux qui n’ont rien dans la tête».

Dans cet échange, le Bobo se moque de son interlocuteur Peul en soutenant que consommer la bière fait partie des attributs de l'homme. Pour lui donc, le Peul qui ne boit pas est un être inférieur; ce que réfute le Peul en lui faisant comprendre que l’alcool est réservé aux personnes de «petits esprits».

En plus des insultes en langue française, il y a des insultes en mooré. Dans les interactions entre Bissa et Gourounsi, nous avons relevé des expressions suivantes:

‘m zoo yond ned sen ya yalem wa foo

/je/jamais vu quelqu’un qui est bête comme toi/

«je n’ai pas encore vu une personne qui soit bête comme toi»’

‘baago fo meng ya yalem

chien/toi/même/qui/es bête/

«chien, c’est toi-même qui es bête»’

‘fo yaa yono ned la wooto?

toi/être/où personne comme ça

«quel genre de personne tu es?»’

‘m yita fo zako n wo

je/viens/toi maison dedans/

«je viens de chez toi»’

On note que dans ces différentes interactions, nul ne doit perdre la face vis-à-vis de l’autre. De ce fait, quand l’on est traité de moins intelligent, de pauvre, de gourmand, etc., l’on cherche à faire comprendre à son interlocuteur que c’est lui plutôt qui est inférieur à soi sans se vexer, car c’est la règle du jeu. Il faut arriver à marquer «un point» sur son interlocuteur pour lui montrer sa supériorité c’est-à-dire prendre le dessus sur l’autre.

Elles sont généralement moins fréquentes que les autres types d’insultes. Elles ont été relevées uniquement dans les interactions entre Bissa – Gourounsi, et entre Mossi et Samo.

Interaction Bissa – Gourounsi

«Et, fils de pauvre viens je vais te dépanner.

C’est ton père et ta mère qui sont pauvres, moi, je suis riche».

Interaction Mossi – Samo

«Tu es bête comme tes parents.

Ce sont les tiens qui sont sauvages».

Dans les deux interactions, le père et la mère sont pris à partie par les deux protagonistes, chacun cherchant à prouver à l’autre que s’il est «pauvre» ou «bête» ce n’est pas étonnant, car le phénomène est héréditaire. Un père bête aura un fils bête. Quand bien même, on noterait que les mots sont durs, chacun essaye d’avaler la pilule qui, certes, est amère et ce, tout en jouant, bref en gardant le sourire.

Les insultes collectives portent sur les défauts physiques, les traits de caractères, les habitudes alimentaires.

Interaction Bobo-Peul

«Les Peul sont tous des chétifs.

Vous les Bobo, vous êtes tous des gros cochons».

Dans l’interaction ici, les insultes font référence à l’état physique des membres du groupe. En effet, les peul sont de nature «maigres» et les Bobo de nature «gros et forts».

Interaction Gourounsi – Bissa

«Vous les Bissa, vous n’êtes que des aveugles.

Même aveugles, nous voyons mieux que les Gourounsi».

L’insulte «aveugle» est utilisée à l’endroit des Bissa, car dans la réalité, les Bissa vivent dans une zone où l’onchocercose a fait des ravages. De ce fait, on rencontre beaucoup d’aveugles dans la communauté bissa.

Interaction Goursounsi – Bissa

«Les Gourounsi sont des voleurs de femmes.

Vous les Bissa vous ne pouvez pas le faire, car vous n’êtes pas intelligents».

Les Gourounsi sont traités de voleurs de femmes, car effectivement dans cette communauté les femmes sont enlevées sans le consentement des parents. Ce n’est qu’après avoir accompli cet acte de bravoure, qu’on entreprend  les démarches dans la perspective d’un mariage régulier. Les Bissa qui ne pratiquent pas le «vol» de femme sont traités d’incapables.

Interaction Mossi – Samo

«Si ce n’est pas parce que les Mossi sont bêtes, qui va aller travailler dans le champ d’autrui.

Espèces d’esclaves, les Samo sont faits pour travailler pour les Mossi».

Les Mossi sont traités «de bêtes» parce qu’ils sont souvent employés comme ouvriers agricoles dans les plantations de cacao en Côte d’Ivoire en délaissant leurs propres champs.

Interaction entre Gourmantché – Yaadga

«Espèces de menteurs, vous trompez les gens avec votre magie.

Vous les Yaadse vous êtes des sorciers».

Les Gourmantché sont traités de menteurs, car grâce à la géomancie, ils prédisent l’avenir des gens. Dans cette science occulte, étant donné qu’il y a du faux et du vrai, les Mossi traitent alors les Gourmantché de menteurs.

En retour, les Gourmantché traitent les Mossi de sorciers, car ces derniers prétendent «venir du ciel». De plus, ils affirment détenir des pouvoirs occultes.

Dans ce jeu verbal, on note que chacun cherche à toucher l’autre dans son point qui lui est cher. Cependant malgré la dureté des propos nul ne s’en offusque, car c’est l’alliance à plaisanterie.

Les alliés à plaisanterie ont souvent recours à ce genre d’insultes pour détendre l’atmosphère comme dans les autres cas. Ainsi, on a relevé différents types d’insultes dans des interactions.

Interaction Gourounsi – Bissa

«Vous, les Bissa, vous n’êtes que des mangeurs de chiens.

Mais vous n’êtes que des mangeurs de «Kanzaga» (repas à base de feuille d’arbre et de graines d’arachides)».

Interaction peul – Bobo

«Tu sais que vous les Bobo vous ne savez que boire du dolo.

Boire du dolo, c’est mieux que le lait qui est réservé aux bébés».

A la suite de l’analyse linguistique qui a permis de dégager les types d’insultes qui sont utilisées dans les interactions entre alliés à plaisanterie, il importe de s’intéresser à la place que l’alliance à plaisanterie occupe dans la société burkinabè. Pour ce faire, nous avons interrogé les membres des groupes ethniques Gourounsi, Bissa, Mossi, Peul, Yaadse, Gourmantché sur les fondements historiques de l’alliance à plaisanterie, son importance et les règles qui régissent le recours au jeu verbal.

Tous les informateurs rencontrés sont unanimes à reconnaître que l’alliance à plaisanterie joue une fonction de régulation de la tension sociale entre les différents groupes ethniques qui cohabitent sur le territoire burkinabè. A ce sujet, voici le témoignage de quelques informateurs:

«Vous savez l’alliance à plaisanterie joue un rôle important au Burkina, car quand tu te fâches contre quelqu’un et tu découvres que c’est ton allié à plaisanterie, tu t’excuses rapidement et la dispute s’arrête ainsi».

«Grâce à l’alliance à plaisanterie, j’arrive à amener mes ouvriers à travailler correctement. Quand ils se trompent je les insulte sous le couvert de la plaisanterie et après je leur explique ce qu’ils doivent faire. Ce qu’ils acceptent sans se fâcher».

«C’est grâce à l’alliance à plaisanterie qu’il n’y a pas de guerre au Burkina Faso. En effet, dès que des personnes découvrent qu’elles sont alliées à plaisanterie, elle taisent leurs différends même si elles sont fâchées l’une contre l’autre».

«L’alliance à plaisanterie permet de corriger les mauvaises habitudes d’une personne sans la vexer».

A travers, les propos des enquêtés, on note donc que l’alliance à plaisanterie permet d’une part, de décrisper l’atmosphère dans certaines situations et d’autre part, de taire les conflits entre alliés. L’alliance à plaisanterie a également une fonction ludique en plus de celle de régulation de la tension sociale.

Au regard de ces réalités, tous les informateurs ne souhaitent guère qu’on leur enlève ce puissant moyen de cohésion sociale. Cela transparaît à travers les propos du genre:

«Si l’alliance à plaisanterie n’existait pas les gens allaient se frapper tous les jours, car les gens sont devenus de plus en plus intolérants les uns envers les autres».

Avec l’alliance à plaisanterie, on arrive à résoudre tous les problèmes facilement. Si elle venait à disparaître ce serait la catastrophe pour le pays».

Sans l’alliance à plaisanterie, il n’y aurait pas de cohésion dans ce pays. Pour rien au monde, elle ne doit disparaître».

L’intérêt de cette partie est de voir si tous les informateurs connaissaient le fondement historique quel que soit le groupe d’âge. Les résultats des investigations montrent que seules les personnes adultes étaient à même de donner le fondement historique de leur alliance à plaisanterie.

En effet, la totalité des personnes adultes (80/80) a tenté d’expliquer le fondement de l’alliance de leur groupe avec un autre. Quant aux jeunes (70/80), ils ont déclaré ne pas connaître l’origine historique de l’alliance à plaisanterie. Cette situation, montre qu’ils se contentent d’imiter leurs aînés sans chercher réellement à appréhender l’origine de l’alliance à plaisanterie. A partir du moment où ce jeu verbal permet de «théâtraliser» les problèmes de la vie, tout le monde s’y plaît. A ce sujet, nous avons relevé des expressions du genre:

«Nous sommes nés trouver cette relation, nos grands parents, nos parents plaisantaient et nous aussi on plaisante comme ça».

«L’alliance à plaisanterie existait bien avant qu’on naisse, et nous aussi on est d’accord avec cette relation qui existe entre les peuples ou entre les ethnies».

L’examen des données de notre corpus montre qu’aucun groupe ethnique n’essaye d’informer ses membres sur les fondements historiques de son alliance à plaisanterie. Même au sein des adultes, les versions sur le fondement historique ne sont pas les mêmes d’un auteur à un autre. Concernant par exemple, la relation à plaisanterie entre Gourmantché et Yaadsé, on a relevé les versions suivantes: chez deux locuteurs gourmantché:

«Notre grand-père s’est marié à une Yaadga. Le serpent c’est notre symbole et comme la femme yaadga ne savait pas elle l’a tué et même préparé. Quand le grand-père l’a vu, il a juré qu’à partir d’aujourd’hui personne ne prendra une Yaadga. Mais pour adoucir les mœurs, il a instauré la parenté à plaisanterie».

Les Gourmantché et les Yaadsé ont le même ancêtre ; après une dispute, le Gourmantché est parti s’installer ailleurs. Depuis ce temps, quand ils se rencontrent, ils se taquinent.

 «L’archétype est une structure universelle issue de l’inconscient collectif qui apparaît dans les mythes, les contes et toutes les productions imaginaires du sujet sain, névrosé ou psychotique» (Petit Larousse (1980: 58).

L’enquête a montré qu’il y a des traits qui sont attribués aux membres de chaque groupe ethnique dans l’imaginaire populaire. Et ce sont ces traits qui donnent à l’alliance à plaisanterie sa dimension sociale. A titre indicatif, voici des traits définitoires de quelques groupes ethniques.

Ethnie

Traits

Bobo

- Chenilles

- Dolo

- Cicatrices

Mossi

- Pouvoir (naam)

- Cicatrices

- Barbare

- Personne vivant en brousse

Peul

- Lait

- Vache

Gourounsi

- Anarchie

- Voleur

Bissa

- Arachide

- Tête de chien

Samo

- Lutte

- Zamono(met traditionnel)

Gourmantché

- Géomancie (taper le sable)

- Gris-gris (wack)

Quand on s’intéresse par exemple au groupe ethnique Gourounsi, il est traité d’anarchiste parce que chez les Gourounsi, il n’y a pas de chefs comme c’est le cas chez les Mossi. Dans cette société, seule le chef de terre est considéré. Les Gourounsi sont également traités de voleurs, car dans leur société, le vol était toléré à la condition que le vol concerne tout ce qui est nourriture. A partir de ces traits tous les Gourounsi seront traités d’anarchistes et de voleurs. Mais nul ne s’en offusque dans la mesure où c’est le groupe qui est visé et non l’individu.

Les différents traits attribués aux groupes ethniques sont connus de tous (jeunes et adultes) et sont utilisés à chaque fois que de besoin dans les joutes verbales de l’alliance à plaisanterie quand on cherche à déclencher des rires au sein d’un groupe.

Notre étude a permis de se rendre compte que si les membres de différents groupes ethniques ignorent les fondements historiques d’un tel système, ils ne souhaitent pour rien au monde qu’on leur retire ce puissant élément de cohésion sociale. Mais force est de constater que le jeu verbal est de moins en moins utilisé chez les jeunes. Cette situation pourrait être liée au «modernisme» qui touche beaucoup plus la jeunesse et qui l’amène à s’éloigner de cet usage du jeu verbal. A en croire certains enquêtés, les jeunes n’ont recours à l’alliance à plaisanterie que quand ils sont interpellés par quelqu’un. Ce qui n’est pas le cas chez les adultes qui l’utilisent quotidiennement. Au regard de cette réalité, nous nous posons la question de savoir si l’alliance à plaisanterie ne risque pas de disparaître un jour au Burkina Faso?

A cet effet, il serait intéressant de mener une réflexion sur la transmission des valeurs de l’alliance à plaisanterie dans les familles pour voir comment l’alliance est perçue par les uns et les autres.



Liste des références bibliographiques

NTAHOM BAYE P.:  1983 : Des noms et des Hommes. Aspects psychologiques et sociologiques du nom individuel au Burundi, Karthala, Paris, 269 p.

NYAMBA A.: 2001: «Les relations de plaisanterie au Burkina Faso: un code de communication pour la paix sociale», in: Cahiers du CERLESHS, n° 18, Université de Ouagadougou, pp. 57-83.

SISSAO A.: 2002:Alliances et parentés à plaisanterie au Burkina Faso. Mécanisme de fonctionnement et avenir,

Notes de bas de page


1 L’enquête s’est déroulée de janvier à mai 2005.
2 Les chercheurs qui choisissent ce rôle - ou cette identité -, considèrent qu'un certain degré d'implication est nécessaire, indispensable pour qui veut saisir de l'intérieur les activités des gens, leur vision du monde. Ils participent suffisamment à ce qui se passe pour être considérés comme des «membres» sans pour autant être admis au «centre» des activités. Ils n'assument pas de rôle important dans la situation étudiée. Le caractère «périphérique» de ce type d'implication trouve son origine, d'abord, dans un choix d'ordre épistémologique : certains chercheurs estiment que trop d'implication pourrait bloquer chez eux toute possibilité d'analyse. E.C. Hughes appelle «émancipation» (Chapoulie 1984: 598, note 48), une démarche dans laquelle le chercheur trouve «un équilibre subtil entre le détachement et la participation». Chapoulie, qui commente cette définition de Hughes, conforme à la tradition classique de Chicago -, la reprend à son compte et considère que cette prudence méthodique est le prix à payer pour rester sociologue dans l'aventure de la «participation» (un terme, qu'il préfère remplacer, toujours avec Hughes, par observation directe, ou in situ - sur place). Une seconde source de l'implication périphérique tient au fait que le chercheur ne souhaite pas participer à certaines activités ou pratiques du groupe étudié (entretenir des relations de plaisanterie avec des personnes d'autres groupes ou ethnies), comme cela se produit avec certains groupes déviants. En outre, la participation aux activités centrales, avec implication plus profonde par conséquent, peut être exclue par certaines caractéristiques démographiques du chercheur comme l'âge, le sexe, la race, la religion, la classe sociale ou encore par son propre système de valeurs.

Pour citer cet article


NAPON Abou. Aspects linguistiques et sociolinguistiques de l’alliance à plaisanterie entre quelques groupes ethniques en milieu urbain. Recherches Africaines [en ligne], Numéro 05 - 2006, 9 novembre 2006. Disponible sur Internet : http://www.recherches-africaines.net/document.php?id=319. ISSN ISSN 1817-423X.




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Revue électronique internationale publiée par la FLASH de l'Université de Bamako, en partenariat avec l'Université de Gaston Berger de Saint Louis (Sénégal), l'Université Cheick Anta Diop de Dakar (Sénégal) et la FALSH de l'Université de N'Gaoundéré (Cameroun) avec le soutien de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)
ISSN 1817-423X